
(septembre 2002)
Je suis tombé par hasard sur
l'histoire de La Struma, en cherchant
autre chose sur internet. J'avais tapé "Juifs" et "Roumanie" sur
le moteur de recherche. Est venue cette
histoire, absolument authentique, d'un
bateau d'émigrants parti de Constanza,
en Roumanie, pour aller en Palestine.
Le jumeau de l'Exodus dont j'avais lu "l'étape" marseillaise,
dans une série de reportages,
en 1997, à l'occasion du cinquantième
anniversaire de l'événement.
Même fuite, même espérance,
même attente infernale, mais l'Exodus
a déclenché un séisme
mondial, quand la Struma a coulé dans
l'indifférence absolue. Plus de
sept cent cinquante morts, dans un navire
abandonné sans moteur dans la
mer noire, après avoir été remorqué d'Istanbul,
en Février 42, et torpillé le
lendemain. Il n'y eut qu'un survivant.
Je ne savais à peu près rien de ces bateaux d'émigrants qui partaient en fait depuis les années 20, vers la Terre Promise. Rien de ces juifs d'Europe Centrale qui émigrèrent d'abord par ferveur, puis pour ne pas mourir, quand Hitler pointa sa truffe. J'ignorais tout du sionisme, qui sonnait mal à mon oreille : pour moi, le sionisme c'était les colonies en territoire palestinien, et les religieux extrémistes.
Erreur fondamentale ! En reconstituant l'histoire de la famille Edelstein, réfugiée à Marseille, puis en écoutant les histoires vraies dont regorge cette ville, et que m'ont offertes des amis (ainsi la vie de Charly Chouraqui, ainsi l'engagement et les documents de Robert Lupini), j'ai découvert tout autre chose.
Le sionisme appartient à la terre plus qu'au ciel. C'est une idée laïque ! Une utopie de révolutionnaires ! Des juifs qui ne supportaient plus de courber l'échine sous les humiliations, et les persécutions, et qui cherchèrent une terre, pour vivre droit. Non seulement les religieux ne guidaient pas ces révoltés d'un Bounty mystique, mais les Wunderrabbies , les super rabbins Ashkénazes, les avaient excommuniés avec cette sentence : "Ce n'est pas l'homme de dire à Dieu ce que Dieu a à faire!".
Ce naufrage, ces contradictions, ces hommes et ces femmes embarqués dans la tourmente de l'Histoire, c'est ainsi que cette "passagère" est entrée dans ma vie. C'était une autre émigration, voisine de celle de "Nous jouerons quand même ensemble", un melting-pot de villes et de villages qui me faisaient rêver, un mélange d'Orient et d'Occident, une errance de Budapest à Istanbul, de Marseille à Haïfa, hanté par une myriade de personnages. Un siècle de récit.
Livre ambitieux m'a-t-on dit après la publication ! Inutile de dire que j'ai tremblé en racontant cette épopée. Pas seulement d'émotion, mais de peur. Est-ce que j'allais savoir ? Est-ce que je n'allais pas écrire de contrevérités, de sottises historiques, d'énormités religieuses.
Frédo, Elie, Oskar, Sonia, Radu, Simon, Esther, et une vieille dame excentrique m'ont aidé à en sortir. C'est eux que j'ai suivis pas à pas, eux simples gens, plongés dans une tourmente mondiale, qui les dépassa comme elle me dépassait. C'est leur histoire intime qui m'a permis d'arriver à l'épilogue.
A bon port m'a-t-on dit.
Mais bon, à vous de juger…