septembre 1997

Ce livre est né d'une surprise et d'une longue habitude…

La surprise c'est la victoire de Catherine Mégret, à l'époque membre du Front National, à la mairie de Vitrolles.

L'habitude c'était l'accoutumance. Ayant travaillé dans le Vaucluse dans les années 84, j'ai pu assister "en direct" à l'éclosion de ce parti considéré comme une écharde dans la vie politique nationale. Un corps étranger. On s'y habituait. On ne pouvait pas imaginer qu'il fasse autre chose que d'occuper le fond décor. Or il s'emparait du centre.

De nombreux reportages, et de nombreuses rencontres, m'ont persuadé de l'impasse de cette théorie, qui consiste à chercher à l'intérieur de l'extrême droite les raisons de son succès. A décrypter les discours du chef, à les analyser savamment, à soupeser les mots, comme on débusquerait les secrets d'un sorcier, comme si les électeurs du Front National n'étaient pas nos voisins.

Le propos de "FN Made in France" s'oppose à cette démarche. Il ne décrit pas d'un côté une France homologuée, intacte en quelque sorte, et de l'autre un Front National mystérieux et exclusif, qui nourrirait des sentiments stupéfiants. Ma conviction d'alors était que si Le Pen était ce qu'il était, ça n'était pas à cause de ce qu'il disait, mais "grâce" à ce que la France, dans toutes ses composantes nourrissait de rancœurs, et de dérives. Jean-Marie Le Pen récupérait tout simplement nos faces cachées, celles de la Droite, du Centre, de la Gauche et des apolitiques. "Le combattre", comme on disait alors, ne devait donc pas consister à opposer "les purs" aux "impurs" mais à nettoyer nos propres écuries.

Avec le recul du temps, je ne retire pas un mot de cette analyse, et je constate, attristé, que les mêmes maux ayant entraîné les mêmes effets, l'épiphénomène de Vitrolles a conduit au séisme du 21 avril 2002, lequel vient d'avoir une réplique non négligeable les 21 et 28 mars 2004.

Quelque part, cette idée que le bien et le mal sont souvent imbriqués, m'a finalement fait renoncer à l'idée d'écrire d'autres essais, parce que ce genre conduit forcément à prouver quelque chose, en séparant le bon grain de l'ivraie.

J'ai décidé de raconter des histoires. Dans le roman, les contradictions ne sont pas contradictoires, mais créatrices. Faites les passer à l'intérieur d'un personnage, au bon endroit, et ce sera comme une naissance. La créature de papier se lèvera, et marchera toute seule. Comme une vraie.