
AUTO-BIOGRAPHIE
1) Naissance

A l'âge d'un jour, Hubert Huertas fut nourrisson. Il réclama le sein de sa mère, et certains y virent un signe du destin. Ils prédirent qu'il grandirait, si Dieu lui prêtait vie, et ne se trompèrent pas. Cet enfant aux prédispositions exceptionnelles accomplit la performance d'avoir un an après trois cent soixante cinq jours, et ça ne s'arrêta plus.
Une régularité d'horloge, sauf les années bissextiles.
Depuis lors Hubert Huertas ajoute un an au total de sa vie, tous les vingt et un avril.
Le phénomène ayant commencé en 1950, il trouve que ça commence à bien faire mais n'arrive pas à l'interrompre. En dépit de plusieurs cures de désintoxication, et de douze psychanalyses, il présente une caractéristique pour ainsi dire inguérissable : il passe.
2) Vocation artistique

A l'âge de dix ans, il écrivit une pièce de théâtre, avec sa tante. Ensemble il poussèrent jusqu'à la première réplique, "entrez donc", et décidèrent de réfléchir à la seconde. L'œuvre est restée inachevée. A douze ans, il commença de nombreux romans, inspirés par ses lectures, ou par sa vie. L'histoire d'un cow-boy, à l'image de Buck Jones, celle d'un enfant martyr, déclenchée par une fessée, ou l'aventure d'un faussaire qui contrefaisait la signature du roi, un jour qu'il avait imité celle de son père, après une mauvaise note.
A l'âge de 15 ans sa grand-mère lui offrit une guitare, dont il apprit à se servir un peu, et décida de devenir un grand auteur compositeur interprète, écrivit quelques chansons, ce qui lui permit de compenser ses oreilles décollées, mais le frustra pour le restant de ses jours : il ne fut pas un Beatle. Au moins connaît-il bien Brassens. Par la suite il apprit le piano comme il le fit pour la guitare, c'est à dire au pif et à peu près.
Du point de vue pictural il dessine des bonhommes de profil, dans les marges, quand il s'ennuie pendant les conférences de presse, car il ne domine pas la perspective du nez. De temps en temps il fait des cubes, vus de trois quart.
3) Itinéraire
Professionnellement Hubert Huertas a gagné au loto. Il a croisé un copain dans la rue. Lui, il travaillait la nuit dans une usine, pour payer ses études, et devenir professeur, l'autre faisait des piges au journal Le Provençal, à Avignon. C'est comme ça qu'il entra dans le monde de la presse, parce qu'on cherchait un photographe, et qu'il ne l'était pas. Il le devint pour de bon, et l'est resté un peu, avant d'écrire ses premiers articles : après-midi récréatives dans les maisons du troisième âge, animations au centre aéré, et même, une fois, l'intervention des forces de l'ordre dans un hold-up nocturne, dont il avait obtenu l'information grâce à son réseau exclusif : son père l'avait réveillé en lui disant : "viens avec moi". Son père était gendarme.
Ce scoop eut un grand retentissement dans son agence. Les chefs se dirent qu'en payant un Huertas on aurait le deuxième en prime.
A Avignon il y avait aussi un certain Festival, avec ses grandes soirées d'été, et dans ce festival, en 1981, s'installa une nouvelle radio, envoyée par France Culture. Il tenta l'aventure avec brio, et le micro lui fit si peur qu'il en conçut une extinction de voix le premier matin d'antenne. Quand Radio France décida d'installer une station à Avignon, deux ans plus tard, il put se prévaloir de cette forte expérience, et se retrouva journaliste radio, ce qui était un rêve de timide. Parler à table il savait, mais s'exprimer devant plus de cinq personnes lui paraissait surhumain. Après quelques bafouillis qu'il est dommage de ne pas avoir conservé, tant ils démontrent que rien n'est perdu d'avance, il devint donc surhomme professionnel, et passa du bavardage privé au bavardage professionnel.
La suite figure sur son curriculum vitæ.
4) To be or not to be

Quand il se retourne Hubert Huertas éprouve une peur rétrospective. S'il n'avait pas croisé son copain de classe Jean Pierre Lavoignat, aujourd'hui directeur du magazine Studio, il ne serait sans doute pas devenu journaliste, et ça aurait été dommage (pour lui). Il ne le serait pas devenu car il n'y avait pas pensé. Quatre vingt dix pour cent des journalistes sont des fils et des filles de cadres, et cadres supérieurs. Pas seulement parce que c'est difficile de le devenir, ou que ça coûte spécialement cher, mais parce que les autres, les fils de base, les fils de gens, n'imaginent pas que ce soit un métier pour eux.
Alors écrire des romans… Ca c'était pas une activité de surhomme, c'était carrément les travaux d'Hercule, demi Dieu devant les Dieux.
Depuis le temps qu'il en rêvait, sans oser passer à l'acte, ni même le demander…
Il a fallu d'autres rencontres. Celle d'un éditeur marseillais, Gérard Blua, qui eut envie de publier un essai sur le phénomène Le Pen, qui grossissait dans la région, au point d'enlever de grandes mairies, Orange, Toulon, Marignane, puis Vitrolles. En 97 Hubert Huertas était Rédacteur en Chef à France Bleu Provence, et éditorialisait tous les matins. Ca pouvait faire, et ça donna "FN Made in France".
Cet essai était précédé d'une présentation de l'auteur par lui-même, sur le mode intimiste. En gros, les lecteurs ne lurent que ça, certains allant même jusqu'à prononcer les mots magiques : "Mais vous avez une plume à écrire des romans".
C'est ainsi que naquit "Nous jouerons quand même ensemble", dont le manuscrit fut lu par une amie, Laurence Fritsch, enseignante et écrivain, qui le transmit au "patron" des presses de la Renaissance, Alain Noël, qui appela Hubert Huertas le 25 Décembre 1999 pour lui dire que son livre lui plaisait, le fit lire à Jeannine Baland, Directrice de Collection aux Presses de la Cité, qui le publia, et nous voilà ce soir.
Premier roman à cinquante ans, deuxième à cinquante deux, et le troisième à cinquante quatre. En égrenant ce palmarès Hubert Huertas se dit qu'il n'est pas Mozart. Dans le genre génie précoce on fait plus abouti. Il constate aussi que sa maladie originelle n'a toujours pas guéri. Depuis sa naissance il trafique, il gribouille, il tourne, il vaque, il voyage, il pérore, il écrit, il fait ce qu'il peut, mais il conserve sa caractéristique originelle : il passe.
Là c'est d'un livre à l'autre.